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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 19:20

Quel est le point commun entre le tombeau de Marguerite d'Autriche à Bourg-en-Bresse réalisé au XVIe siècle, certains intérieurs français du XIXe siècle ou des Emirats Arabes Unis du XXe siècle, nombre de meubles de style Louis XV, la fontaine Saint-Michel et l'église de la Trinité à Paris, la statue de la Liberté à New-York, le théâtre de Caracas au Venezuela et le paquebot Splendor of the Seas ? Tous font appel aux marbres du Jura : albâtre, brocatelle, lumachelle, brèche et autres calcaires.


Si les géologues ne répertorient aucun vrai marbre dans le département du Jura, il en va tout autrement des marbriers, pour lesquels cette appellation s'applique à toute roche calcaire polissable. Ainsi les qualités et la diversité de la pierre ont-elles très tôt favorisé l'ouverture de nombreuses carrières et, au XIXe siècle, l'implantation d'usines exportant au loin leur production. Ce document Internet vous convie à la découverte d'une industrie toujours vivante, où l'art des marbriers permet de tirer d'un bloc rocheux informe un matériau précieux, révélant la richesse d'une gamme de couleurs et de dessins jusqu'alors cachés.

Extraits de : Crédits Conception / réalisation

Ce document Internet a été conçu et réalisé par le Service régional de l'Inventaire général et Thierry Hantz, responsable du système informatique, à la Direction régionale des Affaires culturelles de Franche-Comté, sous la direction de Marie-Claude Mary, conservateur général du Patrimoine.

 

Le Jura, un département sans marbre

Marbre ou pierre marbrière, qu'en est-il des roches du Jura ? La réponse des géologues est bien décevante : ce département ne renferme pas de marbre.
Néanmoins, depuis le XVIe siècle au moins, marbriers et artistes ont mis en œuvre nombre de marbres locaux (calcaires et albâtre essentiellement), regrettant leur fragilité ou, tout au contraire, se félicitant de leur qualité et de leur variété

Trinité : détail de la tête de Dieu le Père,
Saint-Lothain (Jura).
Anonyme, XVIe siècle.


Les pierres du Jura peuvent difficilement se comparer aux vrais marbres, d’Italie ou d’ailleurs. Elles ont toutefois connu, au niveau régional puis national, une célébrité certaine justifiant l’appellation donnée par les marbriers

Moyen Age

Si l’emploi du marbre jurassien dans l’Antiquité est remis en question, son utilisation est certaine pour la fin du Moyen Age. Les conditions d’exploitation des carrières à cette époque nous sont cependant mal connues. Tout au plus savons-nous que du marbre se tire de Montagna-le-Reconduit, Loisia, Miéry et Sampans, et que l’albâtre est extrait à Foncine-le-Bas, Salins-les-Bains et Saint-Lothain.



Tombeau du duc de Bourgogne Jean sans Peur et de la duchesse Marguerite de Bavière.
Dessin de G. Dubois, publié en 1748 dans l’
Histoire de Bourgogne

de Dom Plancher (t. III, p. 526).

Renaissance

L’albâtre du Jura est utilisé à cette époque pour nombre de statues de Bourgogne et de Franche-Comté, mais aussi pour des pièces de moindres dimensions.

 

XVIIe et XVIIIe siècles

Après la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV en 1678, la production d'œuvres d'art en marbre reprend alors que se répand l'usage des cheminées dans l'hôtel particulier et la maison bourgeoise.

C'est à partir de cette époque que sont fabriqués ces autels qui se retrouvent dans nombre d'églises de la région et allient aux marbres jurassiens (rouge et jaune de Sampans et Damparis, et noir de Miéry, presque toujours présents) des marbres étrangers (blanc de Gênes par exemple) Tel est le cas pour la Sainte-Chapelle à la collégiale de Dole, remaniée par le Bisontin Jean-Baptiste Galezot en 1733, et celle du Collège de l'Arc, célèbre par le retable dû à François Franque, en 1742.


Autel de la cathédrale de Saint-Claude

L'industrie marbrière française au début du XIXe siècle

De François 1er à Louis XIV, favorisant les marbres français, l’exploitation marbrière a presque uniquement été l’affaire de l’Etat, notamment depuis un arrêt du Conseil du roi en date du 11 février 1700 interdisant de se fournir ailleurs que dans les magasins royaux. Après la Révolution, ce domaine est laissé à l’initiative privée tant et si bien qu’au début de la Restauration, la quasi-totalité du marbre utilisé est  importée.

Le Maître des requêtes au Conseil d’Etat, Héricart de Thury, pousse un cri d’alarme en 1823 Il propose une augmentation conséquente des droits d’entrée sur les marbres étrangers et la mise en place d’une politique d’incitation gouvernementale pour favoriser l’utilisation des marbres français dans les monuments publics. La marbrerie jurassienne va se développer dans ce contexte protectionniste et comptera, au début des années 1860, dix scieries de marbre (sur un total de 879 établissements industriels recensés)

 

De nouvelles carrières

 

 La première moitié du XIXe siècle voit une lente montée en puissance de l’industrie marbrière jurassienne, qui se concentre autour de trois centres principaux : Molinges en aval de Saint-Claude, Saint-Amour et Damparis.

Au total, plus de vingt carrières seront exploitées dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour de Saint-Amour.
A l’exception de la région de Dole, où sa présence est connue depuis le XVIe siècle au moins et où la commune de Sampans compte quinze carrières en 1812 et celle de Damparis dix-sept l’année suivante, la découverte du marbre semble relever du hasard ou d’observations fortuites. Elle n’est pas le fait d’hommes de l’art mais plutôt d’esprits curieux, éclairés et entreprenants, n’hésitant pas à faire appel à l’extérieur pour mettre en valeur leur trouvaille.

 

Amélioration des transports et déclin des carrières

La seconde moitié du XIXe siècle représente l’âge d’or de la marbrerie jurassienne. L’expansion économique, l’ouverture sur l’extérieur avec le chemin de fer, la rénovation des grandes villes – à commencer par le Paris du baron Haussmann – et l’évolution des constructions avec l’apparition du " confort moderne ", incluant la cheminée, favorisent son développement.

Mais la première conséquence est toute autre, ainsi que l’écrit en 1880 Léon Charpy dans sa Notice sur l’industrie de la marbrerie à Saint-Amour : " Dès lors, tous les marbres qui étaient exploités dans le pays, furent peu à peu abandonnés ; on préféra, à cause de l’économie et de la facilité des transports, et surtout à cause de leur richesse, travailler les marbres étrangers, en particulier ceux d’Italie. 

 

 

La région doloise dans la deuxième moitié du XIXe siècle

C’est dans ce contexte d'expansion économique et d'ouverture vers l'extérieur que se réveille la région doloise dont les nombreuses carrières, exploitées artisanalement, fournissent alors surtout des blocs ébauchés.

 

 Marbrerie Bouquin-David et mairie de Saint-Amour au début du XXe siècle.
Carte postale, s.n. (collection particulière)

 

 

 

Marbrerie Yelmini Artaud en 1936, Balanod.
Ph. Manias ? (coll. Inventaire Général Franche-Comté)



Molinges, Nicolas Gauthier (1852-1924) succède à son père Emile à la tête de la Compagnie de la Marbrerie.


Couverture du catalogue Gauthier, 1891 (collection Philippe Marckt)


La fabrication, de la carrière à l'objet

 

Aux XIXe et XXe siècles, dans le Jura, les carrières sont parfois de dimensions fort modestes. En gradins ou en fosse, l’extraction (connue notamment par une notice de F. Boudon en 1827) s’y pratique toujours à ciel ouvert, à une seule exception près, la carrière de Chassal. Si les coins, les masses et les pinces ont pu être utilisés jusqu’à nos jours pour détacher les blocs de pierre du banc rocheux, dans les grandes carrières ils ont souvent cédé la place au fil hélicoïdal, apparu à la fin du XIXe siècle, puis au fil diamanté.
Les deux grands progrès du XXe siècle résident surtout dans les domaines de la manutention et du sciage, avec les outils diamantés. La poudre de diamant succède ainsi au sable, au Carborundum et aux autres produits abrasifs nécessaires, à la scierie, pour le découpage du bloc de marbre en tranches puis, à la marbrerie, pour leur mise en forme et leur polissage.



Concentration et déclin dans la première moitié du XXe siècle

 

Le ralentissement des grands chantiers de construction parisiens, l’arrivée en force de nouveaux matériaux industriels et de nouveaux éléments de confort (chauffage central notamment), les deux conflits mondiaux, la nécessaire mécanisation de l’extraction – pour des roches qui ne s’y prêtent pas forcément – et de la fabrication, sont autant de facteurs qui expliquent le déclin de la marbrerie jurassienne.

Carrière souterraine de Chassal

La dernière marbrerie industrielle jurassienne

 

Dès le premier quart du XXe siècle, la raréfaction des commandes de cheminées et de monuments commémoratifs et funéraires signe la fin de l’âge d’or des marbreries de Saint-Amour. Trois établissements seulement subsistent dans les années 1920-1930 : Carron au moulin Rentreux, Célard au moulin Febvre et Yelmini Artaud, descendant de Mourlot, à Balanod. Ils s’adaptent aux changements : Carron s’oriente vers le sciage à façon pour des marbreries lyonnaises, Célard poursuit ses chantiers de restauration et produit des éléments pour le bâtiment, créneau également choisi par la société Yelmini Artaud, avec carrelages, escaliers, devantures de magasins et façades d’immeubles, sans toutefois négliger décoration et aménagement intérieur (salles de bain ou halls par exemple)


Cheminée de la marbrerie Célard, début XXe siècle.
S.n. (A. Célard Marbres, Saint-Amour)

 

Le 25 mars 1957, prévoyant l’ouverture des frontières et la disparition des barrières douanières,  le traité de Rome fait disparaître la protection assurée depuis le début du XIXe siècle aux marbreries françaises : jusqu’alors, les droits de douanes taxant l’importation des marbres étrangers s’élevaient à 5 % sur les blocs bruts et à 30 % sur les tranches et les matières ouvrées. Les industriels français avaient donc tout avantage à importer des blocs et à les scier sur place pour obtenir des tranches. Désormais, ils doivent faire face à la concurrence de pays mieux organisés, l’Italie notamment. Les marbreries jurassiennes connaissent alors de grandes difficultés, qui conduiront à la disparition de Carron et de Célard.

Actuellement, la S.A. Yelmini Artaud demeure donc la dernière marbrerie de Saint-Amour et même la seule marbrerie industrielle du Jura. Occupant vingt-huit personnes dans le département, elle ne compte plus les réalisations de prestige qui, sorties de ses ateliers, ont traversé mers et océans, à destination des émirats arabes notamment. Elle s’est distinguée en 1995 et 1996 par les revêtements muraux et de sol du paquebot Splendor of the Seas. Travaillant des marbres de toute origine, dont ceux de Chine, elle cherche cependant à promouvoir les marbres français, mettant en oeuvre celui de Balanod même, mais remettant aussi en exploitation le Bleu de Savoie (de Villette) et le Boisjourdan (de Bouère, Mayenne)

 

articles complets sur :
http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/itiinv/marbre39/index.html

 

 

Crédits Conception / réalisation

Ce document Internet a été conçu et réalisé par le Service régional de l'Inventaire général et Thierry Hantz, responsable du système informatique, à la Direction régionale des Affaires culturelles de Franche-Comté, sous la direction de Marie-Claude Mary, conservateur général du Patrimoine.

MARBRES
ET

MARBRERIES
Jura

 

Images
du Patrimoine

Il a été composé à partir de la publication du service régional de l'Inventaire général éditée en 1997 par Erti, avec le soutien de l'Association pour la Promotion et le Développement de l'Inventaire Comtois et le concours du Conseil général du Jura :

 

INVENTAIRE GENERAL DES MONUMENTS ET DES RICHESSES ARTISTIQUES DE LA FRANCE, Région Franche-Comté. Marbres et Marbreries (Jura) / réd. Laurent Poupard ; photogr. Yves Sancey. - Paris : Erti, 1997. - 64 p. : ill. ; 30 cm. - (Images du Patrimoine ; 169). ISBN 2-903524-86-6
Ouvrage disponible en librairie.


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commentaires

Marie de revolution marbrerie 14/11/2016 11:37

La marbrerie a une histoire très riche! Merci pour cet article.

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