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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 17:44


Une demi lieue avant d’arriver à Orchamps, bourg également situé sur la rive droite du Doubs, nous descendîmes dans une gorge profonde que la grande route, resserrée en ce point, traverse.

Un bruit sourd, lent et monotone, fixa mon attention ; mon co-voyageur s’en aperçut, et m’apprit qu’il était occasionné par une usine à laver et à couler le minerai.

Bâtie sur une espèce de torrent, à quelque distance du Doubs et du canal Monsieur, cette solitaire habitation, devant laquelle nous ne tardâmes point à passer, à toujours conservé son ancien nom de Moulin Rouge, et n’était autrefois qu’un chétif et misérable cabaret où plus d’un voyageur trouva la mort.

Ce secret , longtemps inconnu, fut enfin découvert par un lieutenant au régiment de Rye, nommé Gaspart Vurry.

 

« Il revenait de Besançon avec sa femme et une domestique,  montés tous trois sur un chariot couvert ; c’était la fin de décembre 1604 ; la neige tombait à gros flocons,  la nuit approchait, et les voyageurs transis ne distinguaient plus un chemin devenu dangereux ; ils se décidèrent à coucher au Cabaret Rouge. L’hôte, vieillard vigoureux, et ses deux fils, frayèrent un passage à la voiture arrêtée par la neige que la bise avait  amoncelée, tandis que l’hôtesse, sa fille et sa servante s’empressaient auprès de la dame Vurry et de sa domestique.

On les relégua tous les trois dans une espèce de galetas en dessus de la cuisine : la malpropreté du local, la figure sinistre des hôtes, inquiétèrent les compagnes du sieur Vurry. Pierrine, la fille de chambre, descendit sans faire le moindre bruit, et remonta toute effrayée raconter à ses maîtres qu’elle venait d’entendre l’hôtesse promettre son devantier (tablier) à sa servante : Gaspard, lui-même, avait remarqué quelques signes d’intelligence entre la mère et ses fils. L’inquiétude, la terreur les agitent ; il visitent avec le plus grand soin le taudis où ils doivent passer une nuit pénible, remarquent des traces de sang à la ruelle du lit, et bientôt leurs horribles soupçons, leurs craintes affreuses se réalisent à  l’aspect d’un cadavre nouvellement égorgé, qu’ils trouvent caché dans un cabinet voisin de leur chambre. Que faire, que résoudre en cette cruelle conjoncture ?

Les brigands, déjà au nombre de six, en comptant les femmes, pouvaient avoir des complices ; la maison, entièrement isolée, ne permettait d’espérer aucun secours ; une lampe, dont la lumière douteuse éclairait à peine, le vent qui sifflait en gémissant, tout contribuait à augmenter l’effroi des deux femmes. Il fallait prendre un parti décisif. Vurry est brave, et se décide en brave ; il charge ses pistolets, les cache sous son habit, ainsi sue son couteau de chasse, et descend à la cuisine où toute la famille rassemblée achevait de souper. Il remarque la surprise que lui cause sa présence inattendue, feint de ne pas s’en apercevoir, puis, adressant adroitement quelques compliments à la fille, il se met en face d’elle, derrière le père, qui lui-même est entre ses deux fils ; mais, dès qu’il voit que l’étonnement a fait place à la sécurité, il tire doucement ses pistolets, les décharge à bout portant sur les deux frères, et se précipitant aussitôt sur le vieillard, lui plonge son long couteau de chasse dans la poitrine. Débarrassé avec tant de bonheur et de présence d’esprit des trois hommes, il lui est facile d’imposer aux trois femmes ; Pierrine l’aide à les attacher aux poteaux qui soutiennent le toit de la maison, puis, craignant de nouveaux dangers, il ferme et barricade toutes les issues,  recharge ses pistolets, et reste en observation à la lucarne. Vers minuit, ses craintes se confirment : quatre autres  brigands se présentent, ils frappent à la porte à coups redoublés, appellent, demandent à boire ; mais l’écho seul leur répond ; ils s’éloignent, et dès la pointe du jour les voyageurs eux-mêmes abandonnent ce lieu d’horreur, après s’être assurés que les femmes ne peuvent s’échapper. 

 

Bientôt la justice s’en empare ; elles subissent la peine de mort, après avoir révélé une infinité de meurtres dont on avait jusque-là méconnu les auteurs. »

 

La maison fut rasée, et, sur ses ruines, on construisit un moulin, qui lui-même, fut converti depuis en forges. J’écoutais encore ce triste récit que nous touchions déjà aux premières maisons d’Orchamps.



Ce bourg, qui est traversé par la route de Besançon, est bien percé, a d’assez bonnes auberges, une fontaine et un pont de pierre sur le Doubs. Il possède aussi deux belles fabriques l’une de porcelaine salubre, dite hygiocérames , l’autre de poterie en cailloutage. Outre les ruines de son château, on y  voit encore une maison forte, que d’anciens titres annoncent avoir été bâtie dans le onzième siècle ; elle est entourée de larges fossés ; on y remarque un puits creusé dans le roc, au milieu d’une cave aussi vaste que la maison , un pont-levis, des murailles de trente mètres de hauteur et de trois d’épaisseur, dans lesquelles sont pratiqués des meurtrières, des escaliers et des cachots.

 

Extrait de :



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Published by Doubiste - dans Villes et Villages
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