Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 00:00


La Franche-Comté a de tout temps, été une des provinces les plus boisées. Doubs et Jura ont, en gros, 50% de leur territoire en forêts, la Haute-Saône, 54%. Les essences de bois sont les plus diverses, résineux et feuillus pour le Jura et le Doubs, feuillus pour la Haute-Saône.

  Jusqu’à la fin du 17° siècles cette richesse était peu exploitée. Pourquoi ?

1)      Par manque de moyens de communications. Il n’y avait que des sentiers, des chemins en mauvais état, des pistes impraticables.

2)      Par manque de ponts sur les rivières. Ceux-ci, généralement en bois, peu nombreux et mal entretenus étaient emportés à la moindre crue.

3)      La population à cette époque est peu dense : Besançon, la ville la plus peuplée compte moins de 10.000 habitants ; Dole et salins dépassent à peine 5.000. Les habitants trouvent le peu de bois dont ils ont besoin dans les forêts avoisinantes.

L’annexion de la Franche-Comté par Louis XIV, officialisée par le traité de Nimègue en 1678, va changer beaucoup de choses. Le rattachement de la province stimule l’activité économique en favorisant l’essor urbain. D’une marine en piteux état, Colbert, secrétaire d’état à la marine, veut créer une marine forte et a besoin de beaucoup de bois pour cette transformation ambitieuse.

  Un exemple : pour réaliser la coque d’un vaisseau de 74 canons, de 36 mètres de long, 14,5 m de large et 7 m de creux il fallait 270m3de chêne, soit 2.8000 chênes centenaires équarris, représentant 1.300 hectares de forêt et 263m3 de sapins pour les mâts, sans compter le bois pour les installations intérieures, les ponts, figure de proue, poulies, tonneaux et barils pour la nourriture de l’équipage, etc.

Des commissaires de la Marine sont envoyés sur place en Franche-Comté pour faire l’inventaire des forêts. Ils trouvent un volume considérable de très vieux arbres,  puisqu’ils n’ont jamais été exploités, et de très bonne qualité.

Les besoins en arbres sont importants, mais comment faire pour acheminer ces grumes jusqu’à l’arsenal de Toulon ?

 
LE FLOTTAGE DU BOIS
Photo J.-C. CHARNOZ

Dès le début du flottage, la Saône est la seule voie navigable et assure la majorité du trafic pendant longtemps, d’autant plus qu’elle irrigue des régions riches en feuillus, recherchés pour la construction navale. Puis le Doubs est utilisé pour évacuer les feuillus de la région de Montbéliard et d’une partie de la forêt de Chaux.

Seuls les bois situés à une distance de moins d’une trentaine de Km sont exploitables, puisqu’ils peuvent être amenés par des chariots tirés par des bœufs jusqu’à ces rivières.

Du reste, Louis XIV impose dans l’ordonnance de 1669 l’obligation de « maintenir en futaie tous les bois jusqu’à 15 lieues des rivages de mer et 10 lieues des rivières », soit respectivement 63 et 42 kilomètres.

Au fur et à mesure des besoins, il faut donc exploiter d’autres forêts, aménager d’autres voies d’eau, comme la Loue, puis plus tard l’Ain et la Bienne.

Nos rivières ont souvent un parcours difficile avec une forte pente, un débit capricieux. Elles nécessitent un aménagement considérable et coûteux pour n’être utilisées que quelques mois par an, lors d’un débit suffisant, à la période des crues ou de la fonte des neiges.

Cette activité crée des emplois supplémentaires : bûcherons, voituriers, maréchaux ferrants, bourreliers, charrons, radeliers, et une grande activité dans les ports locaux où les bois sont entreposés en attendant un débit propice pour être mis à l’eau.

 

 

Arrêtons nous quelques instants sur le flottage sur la Loue et sur son port, Chamblay, situé à 300 m en amont du pont sur la route reliant Chamblay à Chatelay Chissey.


Ce port servait à l’embarquement des sapins de la forêt de la Joux, très hauts et d’excellente qualité et utilisés pour la fabrication des mâts de marine : ce sont les seuls bois permettant de confectionner les mâts qui doivent être d’une seule pièce, résistants et suffisamment souples pour affronter les grands vents, les feuillus (chênes) étant utilisés pour la construction des coques, intérieurs de navires, figures de proue, poulies, etc…

Les sapins de la Joux, désignés par les Forestiers du Roy, sont marqués, puis abattus, après qu’on ait pris soin d’éliminer la végétation environnante, afin de ne pas mutiler le précieux résineux lors de sa chute.

Sur la route reliant Andelot à Censeau se trouve le carrefour « de la Marine » avec à sa gauche le maison forestière « de la Marine », ce qui est significatif.


A partir de 1730, un trafic incessant d’attelages composés de plusieurs paires de bœufs, acheminent les sapins de la Maîtrise de Salins jusqu’au port de Chamblay. Certains de ces résineux mesurent jusqu’à 40 m. De vieilles cartes postales ou photos montrent encore ce genre d’attelages traversant Salins.



Ces charrois rencontrent d’énormes difficultés : chemins impraticables, relief accidenté, fondrières, longueur des bois, incidents techniques expliquant la lenteur du déplacement.


Par exemple, en 1730, pour acheminer 40 mâts à Chamblay, distant d’une quarantaine de km, il fallut plus de deux mois et près de mille journées de paires de bœufs. Des centaines de bois arrivent au port de Chamblay et sont entreposés sur un immense chantier, au bord d’un plan incliné facilitant leur mise à l’eau, dans l’attente qu’une crue les emporte.

Actuellement on peut encore voir au bout de la « rue du Port au Bois », située face à l’église, les vestiges du port dont on distinguer encore nettement le plan des dalles incliné servant à la mise à l’eau.

Ce port est totalement à sec car la Loue est une rivière extrêmement capricieuse et le bras de rivière qui passait par là a totalement disparu.

Le flottage se fait à l’aide de radeaux constitués de longs bois attachés entre eux par des cordages et reliés à des perches transversales fixant le tout. Une perche passant au travers et fixée à cet ensemble, permet aux radeliers, véritables gondoliers, de les diriger. Des dizaines de radeaux attendent que la crue les emporte : 700 radeaux descendront ainsi la Loue en 1865.

A Chamblay où plus de cent personnes vivent du flottage, le port prospère pendant près de trois siècles. Les bois sont acheminés pour fournir l’Arsenal de Toulon. Par la suite, les bois jurassiens alimentent les villes du Midi et les centres industriels de la vallée du Rhône, en plein essor, pour le chauffage et la construction.

 

Le flottage du bois sur la Loue disparaît au début du 20° siècle, le chemin-de-fer offrant un moyen de transport plus sûr, plus régulier, plus rapide, et moins dangereux pour les hommes.

Le 6 décembre 1994, a été officiellement recréée à Chamblay « La Confrérie Saint Nicolas des radeliers de la Loue », en souvenir de la « Société de secours mutuels de Saint Nicolas » qui avait existé jusqu’en 1873.

Si le bois d’œuvre flotte par radeaux, le bois de chauffage part en « bûches perdues », c’est à dire en vrac, ce qui ne nécessite pas de grands travaux pour l’aménagement des rivières. A leur arrivée aux voies d’eau importantes, Saône et Doubs, ces bûches perdues partent alors en radeaux jusqu’à leur destination.

La demande en bois est d’année en année plus importante et il faut utilise jusqu’aux petits ruisseaux pour le flottage, tels la Clauge qui draine une grande partie de la forêt de Chaux, et peut être utilisée par grandes crues.

Ce ru prend sa source au milieu du massif de Chaux, traverse  la route Arc-et-Senans à Rans dans sa ligne droite, passe à la Vieille Loye où il reçoit la Tanche et va se jeter dans le Doubs à Gevry près de Tavaux. Les bois sont arrêtés à Villette-lès-Dole , puis transportés à Dole par charrois.

L’Ain, bien qu’important cours d’eau, ne peut être utilisé qu’à partir de 1784, depuis Pont-de-Poittte, à cause de son parcours tourmenté. Des marchands lyonnais désirant exploiter les riches forêts de cette région commencent alors l’aménagement de l’Ain, puis abandonnent, vue l’ampleur de la tâche ; les travaux sont alors repris et menés à terme par l’Administration Royale.

Les bois partis de Chamblay par la Loue, rejoignent le Doubs, puis la Saône et enfin le Rhône. Les radeaux rassemblés à Lyon sont recomposés ou vérifiés et partent pour Arles où ils sont chargés sur des bateaux et rejoignent Toulon par la mer.

Les bois mis à l’eau sont arrêtés dans les ports par des chaînes et des cordes fixées en travers des rivières mais ne résistent pas toujours à l’assaut de bois qui n’arrivent pas tous à destination.

Le niveau de la rivière peut baisser subitement et certaines années, à Chamblay, les radeaux ne pouvant plus flotter sont immobilisés et l’on doit alors faire appel à des attelages puissants pour tirer ces lourds chargements à une vitesse atteignant rarement un km/h.

De nombreux bois sont volés lors du flottage ou dans les entrepôts.

Pour vous donner une idée des besoins en bois à cette époque, permettez--moi de citer quelques chiffres :



En 1763 la Marine Royale possède 40 navires

En 1780, 17 ans plus tard elle possède 79 vaisseaux, 80 frégates, bâtiments de guerre moins lourds et plus rapides que les vaisseaux qui, eux, sont des bâtiments de guerre de fort tonnage.

Au cours de 18° siècle :

Lyon passe de 97.000 à 150.000 habitants

Besançon, de 14.000 à 39.000

Dole de 5.000 à 9.000

A Besançon d’énormes chantiers sont ouverts : la chapelle du Refuge de l’Hôpital Saint Jacques, l’Hôtel de l’Intendance, plus connu sous le nom d’Hôte le La Corée, Intendant du Roy – actuellement préfecture, le théâtre, les casernes d’Arènes dans le quartier Battant, St Paul, actuellement caserne Rutty, de chaque côté de la rue du Général Sarrail qui descend au pont de Brégille, les églises de la Madeleine, St Pierre et la cathédrale St Jean, ainsi que de nombreux hôtels particuliers.

Vous me direz : « ces édifices sont en pierre », certes, mais pensez qu’il faut placer chaque pierre de taille sur un coffrage en bois fait sur mesure pour la réalisation des voûtes, ogives, ouvertures, portails, fenêtres, etc…. nécessitant beaucoup de bois, sans compter les charpentes, les intérieurs et également de nombreux parquets, dont certains en sapin, et d’une grande beauté. Le bois de chauffage est lui aussi recherché, fait dû à l’amélioration du niveau de vie car le confort des particuliers nécessite plusieurs foyers dans une même demeure, et les casernes de Besançon, Dole et Gray sont de très grosses consommatrices. Les forêts royales ne suffisent plus, les droits de péremption s’étendent aux propriétés boisées des communautés et des particuliers, ce qui est la source de nombreux conflits.

Colbert n’a pas fait qu’exploiter les bois dont il avait besoin ; il a pensé à l’avenir et en 1670 ordonna la plantation en chênes de la forêt de Tronçais dans l’Allier sur une superficie de 10.594 hectares en vue de la production d’un bois de qualité pour la Marine Royale. Ces chênes sont actuellement réputés pour être les plus beaux de France.

Le flottage, seul moyen de transport jusqu’à la Méditerranée, en passant par Lyon, gros consommateur de bois de notre région, a permis une exploitation intense des forêts, nous apportant donc un enrichissement important en de nombreux domaines : développement de tous les corps de métiers nécessaires à cette activité et, bien sûr, vente de bois dont la qualité et la diversité restent une des grandes ressources de notre région.

Extrait de l'Exposé d’André Lejeune du 11 mars 2004

La mise en service de la ligne de chemin de fer Dole-Salins (1857) puis la guerre de 1870, précipiteront le déclin et la fin du flottage. C'est en 1901 que l'on relève le dernier radeau en partance de Chamblay. L'épopée des radeliers, véritable patrimoine, sombra profondément dans l'oubli quasi général des gens du Val de Loue. Mais les eaux de la Loue se souviennent...

La Bienne et l'Ain sont empruntées par des « radeliers » jusqu'en 1923.

 

Jean-Claude Charnoz

présente son ouvrage

« Le flottage en Plaine Jurassienne

Quatre années auront été nécessaires à l’auteur pour réunir et faire la synthèse d’un important  fonds documentaire, fruit d’incessantes recherches à l’arsenal de Toulon, aux archives des Ponts et Chaussées et des Eaux et Forêts, dans les registres paroissiaux et d’état civil, les minutes  des notaires, les comptabilités communales…

Ces travaux font revivre avec passion, mais aussi avec la plus grande rigueur méthodologique, une épopée de près de trois siècles, celle des radeliers de nos rivières, Loue, Doubs, Saône, Ain et Bienne.

 

372 pages. Disponible au prix de 20 € chez l’auteur,

1, rue des Iletons, 39100 Crissey,

tél. 03 84 82 75 45 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : j'aime la Franche Comté
  • : La Franche Conté ! vous connaissez ? voici un choix d'articles et de liens pour vous la faire découvrir ou mieux connaitre
  • Contact

Information

Des images et des commentaires proviennent du NET au fil de mes recherches.
Ils sont en principe libres de droits.
Si toutefois ce n'était pas le cas je les supprimerais immédiatement.

merci de m'en informer

compteur

Compteur de présence

Il y a actuellement    personnes connectées à Over-Blog dont    sur ce blog